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L’expertise du LESE « Point zéro radiologique dans le lagon du Taaone » demandée par le ministère de l’environnement avant la mise en service du futur hôpital, révèle en conclusion cette information étonnante : « Un radionucléide artificiel, issu des retombées atmosphériques anciennes (essais nucléaires), le césium-137 a été détecté à des niveaux extrêmement faibles dans les sédiments et les poissons ». Niveau faible, sans aucun doute aujourd’hui, puisque selon les règles de la physique nucléaire, plus de 30 ans après la fin des essais aériens, le césium-137 contenu dans les retombées des essais aériens a perdu plus de la moitié de sa radioactivité.
Etonnant pourtant, parce que les niveaux de césium-137 mesurés à Tureia par la CRIIRAD en 2005 dans les sédiments et les poissons de cet atoll sont du même ordre de grandeur que les sédiments et les poissons du lagon du Taaone en 2009. Or personne ne peut ignorer, en Polynésie, qu’au temps des essais aériens, les retombées radioactives étaient si nombreuses et si importantes à Tureia qu’il avait fallu construire des blockhaus bétonnés et blindés pour protéger la population de cet atoll le plus proche de Moruroa.
En 2009, puisque la radioactivité « artificielle » issue des retombées atmosphériques se situe au même niveau à Tahiti qu’à Tureia, cela signifie que Tahiti tout entier a été « copieusement arrosé » de « radionucléides artificiels » du temps des essais aériens. Effectivement, cela, nous le savions depuis 2006, d’après les documents officiels distribués par M. Jurien de la Gravière montrant que 31 retombées radioactives ont touché Tahiti entre 1966 et 1974.
Mais d’autres documents sont encore plus précis dont un gros rapport du CEA (plus de 700 pages)[1] récemment diffusé qui donne le détail des contaminations de l’air, des sols, des eaux marines mesurées dans toutes les îles habitées de la Polynésie à l’époque des essais aériens. Ce rapport nous apprend que la « limite de concentration de la radioactivité dans l’air pour les personnes du public » s’élève à 1 pCi/m3 dans les unités anciennes[2]. Pour ne prendre que quelques exemples concernant Tahiti, le rapport du CEA écrit que, le 7 août 1970 après le tir Orion, la radioactivité de l’air à Tahiti était de 50 pCi/m3, que le 26 juin 1972 après le tir Umbriel, la radioactivité de l’air à Mahina était de 56 pCi/m3 et que le 19 juillet 1974 après le tir Centaure, la radioactivité de l’air à Papeete s’est élevée à 14 000 pCi/m3 !
Ceux qui affirment bêtement qu’il y a plus de radioactivité en Bretagne ou à Paris qu’à Moruroa ou en Polynésie, sont confondus dans leur mensonge. Ainsi, le rapport de 1974 envoyé par la France à l’organisme des Nations unies spécialisé (UNSCEAR) indique notamment qu’à Montlhéry, près de Paris, la radioactivité de l’air, entre le 11 et le 20 juillet 1974 s’élevait à 0.04 pCi/m3, soit 350 000 fois moins qu’à Papeete !
Les données scientifiques officielles ne manquent pas pour démontrer qu’à la période des essais aériens, ce n’est pas seulement Tureia, Reao, Pukarua, les Gambier et la presqu’île de Tahiti qui ont subi les retombées radioactives comme le dit la loi Morin, mais la Polynésie toute entière.
Avec le CEP, l’Etat a pris la responsabilité de contaminer toute la Polynésie avec ses explosions nucléaires atmosphériques. Aujourd’hui, l’Etat doit assumer cette grave mise en danger de la vie et de la santé, non seulement des personnels civils et militaires de Moruroa, mais de toute la population qui vivait en Polynésie entre 1966 et 1974.
Moruroa e tatou interpellera le ministre Hervé Morin lors de sa venue en Polynésie à partir du 18 décembre prochain. Au nom du respect des mesures prises par ses propres services, nous exigeons du ministre de la défense la rectification des « critères géographiques » ridiculement limités de sa loi qui doivent être étendus à toute la Polynésie. La santé publique en Polynésie a subi une agression préjudiciable lors des essais aériens : l’Etat doit assumer ce fait au moment où il fait voter une loi de reconnaissance et d’indemnisation des victimes de ses essais nucléaires.
[1] CEA-R-6136 : « Les atolls de Mururoa et de Fangataufa (Polynésie française) Les expérimentations nucléaires. Aspects radiologiques », 2007
[2] pCi : pico Curie, soit 10-12 Curie. Aujourd’hui, on compte en Béquerels (Bq). 1pCi = 0,037 Bq
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