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M. Bruno Barillot, délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires et secrétaire du Coscen nous fait part de son point de vue à propos des "erreurs de lecture" sur les retombées radioactives invoquées par M. Jurien de la Gravière dans la presse de ce lundi 21 décembre 2009.
A propos du plutonium !
Après 40 ans de débats sur les essais nucléaires, chacun sait en Polynésie que le plutonium est une des matières premières - dites « matières fissiles » - de la bombe. Or tous les experts confirment que sur les quelque 5 kg de plutonium que contient une bombe, seuls 10 % sont « consommés » par la réaction nucléaire et tout le reste, pulvérisé, est dispersé dans l’environnement. Les plus grosses particules retombent à la verticale de l’explosion, donc, respectivement dans les lagons en face des blockhaus Denise et Dindon à Moruroa et Frégate à Fangataufa. Quant aux très fines poussières de plutonium, elles sont emportées dans le nuage radioactif et font partie, avec d’autres éléments radioactifs, de ce que l’on appelle les « retombées ».
Le 18 décembre, le Coscen a remis à la délégation ministérielle un rapport ayant pour objet d’attirer l’attention sur les retombées radioactives qui, du temps des essais aériens, ont affecté toutes les îles de la Polynésie et bien au-delà . Ces retombées contenaient des fines particules de plutonium et contaminaient l’atmosphère avant de retomber sur les sols.
Pourquoi parler aujourd’hui du plutonium ?
D’abord pour rétablir une première vérité. En effet, la communication officielle – tant du CEA que du ministère de la Défense – occulte complètement cette dispersion de plutonium, temporairement dans l’atmosphère, puis dans les sols de la Polynésie. Par contre, officiellement, on reconnaît quand même qu’il reste du plutonium sur le platier de Moruroa et dans les lagons des deux atolls nucléaires… sauf que M. Jurien de la Gravière vient d’affirmer le contraire aux journalistes en visite à Moruroa, ce 20 décembre, disant qu’« il n’y a plus de traces de radioactivité » !
Seconde vérité. Le discours des « essais propres » est-il toujours d’actualité ? Parler de plutonium dans l’atmosphère au temps des essais aériens serait une « erreur colossale », selon M. Jurien de la Gravière ! Aux Etats-Unis, les instances gouvernementales ont publié depuis longtemps la cartographie des retombées du plutonium et de son marqueur l’américium provenant des essais aériens du Nevada sur toute la côte ouest depuis le Mexique jusqu’au Canada. Ces faits indéniables, reconnus par les Américains, ne seraient-ils que « foutaise » pour les experts officiels français ?
Troisième vérité. Plus que d’autres éléments radioactifs transportés par les vents, le plutonium est un produit très toxique et la voie la plus dangereuse est l’inhalation. Dans un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le député Claude Birraux écrit à propos du plutonium : « Il peut être approché sans grand risque même à courte distance mais est extrêmement nocif s’il pénètre dans l’organisme par ingestion, blessure ou inhalation… s’il pénètre dans l’organisme, le plutonium 239 est une substance cancérigène très dangereuse, du fait de ses propriétés chimiques, qui peut être à l’origine de cancers du poumon ou de l’os chez l’homme. »
Quatrième vérité. Parlant du plutonium, nous sommes au cœur de la loi Morin. Si la France veut faire acte de « reconnaissance », il faut que ce soit en toute transparence. Plus que jamais, les archives, notamment de la période des essais aériens, doivent être ouvertes à tous les citoyens, comme c’est le cas aux Etats-Unis depuis 1993. Quant aux cancers et autres maladies, nul ne prétend que les essais nucléaires – et le plutonium - sont à l’origine de tous les maux, mais toutes les expertises et contre expertises qu’on nous promet ne convaincront personne. La loi Morin doit être un compromis politique s’appuyant sur le principe de présomption de lien entre une liste de maladies et les essais nucléaires. Les Polynésiens en attendent l’application.
Bruno Barillot
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