|
Les confidences d’un spécialiste
France Culture est un formidable réseau d’information. Le 19 janvier 2010, lors de l’émission médicale hebdomadaire « Avec ou sans rendez-vous », l’animateur, le Pr Olivier Lyon-Caen s’entretient avec le professeur Christian Sainte-Rose, Chef du service de neurochirurgie pédiatrique à l’hôpital Necker – Enfants Malades et professeur à l’Université René Descartes. L’émission de plus d’une heure porte sur les cancers du cerveau des enfants. Interrogé sur les causes possibles des tumeurs du cerveau chez l’enfant, voici textuellement la réponse du professeur Sainte-Rose :
« On sait par exemple que les radiations pourront entraîner, favoriser, la survenue de tumeurs, en particulier cérébrales…
La seule expérience… enfin je ne sais pas si je dois vous dire ça…
- Mais si, mais si !
«… C’est quelque chose de confidentiel. La seule expérience que j’en ai, c’est que pendant un certain nombre d’années, dans les années 80, nous avons vu arriver à l’Hôpital des Enfants Malades un nombre anormalement important d’enfants porteurs de tumeurs cérébrales en provenance des îles du Pacifique. Depuis ça s’est tari. »
Le Pr Olivier Lyon-Caen commente immédiatement ces propos mettant en cause, notamment, des facteurs environnementaux qui joueraient un rôle chez les parents et la génération suivante dans le développement des tumeurs cérébrales.
Censure à France Culture !
Il est probable que peu de Polynésiens aient pu écouter cette émission de France Culture qui est diffusée entre 1 heure et 2 heures du matin à Tahiti. L’enregistrement intégral a été réalisé… en Israël par un ami qui me conseilla de l’écouter sur le site internet de France Culture, ce que je fis aussitôt. En effet, les radios et télévisions disposent maintenant de moyens formidables sur internet qui permettent de réécouter les émissions en différé.
Surprise ! Ce 3 février, le court passage de l’entretien à propos des enfants polynésiens avait été supprimé de l’enregistrement internet ! Censure ? Pour en avoir le cœur net, j’ai envoyé un message à l’animateur Olivier Lyon-Caen m’étonnant que des propos entendus vraisemblablement par des milliers d’auditeurs lors du direct ne puissent être mis à disposition des internautes. Je demandais, de plus, de recevoir l’enregistrement intégral de l’émission.
Deuxième surprise ! Non seulement, j’attends toujours une réponse de l’animateur, mais l’enregistrement de l’émission « Avec ou sans rendez-vous » du 19 janvier 2010 avec le professeur Christian Sainte-Rose n’est plus disponible sur le site internet de France Culture… alors que ces émissions peuvent habituellement être téléchargées pendant un mois.
Heureusement, grâce à cet ami d’Israël qui a eu la présence d’esprit d’enregistrer l’émission peu après l’avoir écoutée, les Polynésiens auront à disposition la confirmation, par un spécialiste des enfants malades, de propos rapportés par des sages femmes tahitiennes citant, elles aussi, un nombre élevé de naissances anormales au temps des essais nucléaires.
La loi Morin et la recherche médicale
Le monde de la recherche médicale est très bien informé du rôle des radiations dans le développement de maladies cancéreuses ou non cancéreuses : les publications scientifiques ne manquent pas sur les maladies radio induites et, dans le cas particulier qui nous préoccupe ici, le Professeur Sainte-Rose cite implicitement le rôle des radiations. Il fut un temps… dans les années 1950, où la communauté scientifique et médicale internationale se mobilisa pour alerter l’opinion publique et les autorités politiques sur les graves risques sanitaires engendrés par les essais nucléaires aériens. La pression de l’opinion fut telle qu’en novembre 1958, les Etats-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni décidèrent un moratoire de leurs essais nucléaires qui aboutit, après hélas une reprise vertigineuse de ces essais en 1962, au traité d’interdiction des essais aériens de 1963 que seules, la France et la Chine ne respectèrent pas. Tout ne s’arrêta pas là, on le sait, puisque tous reprirent des essais souterrains jusqu’au dernier connu en 2009 par la Corée du Nord.
En 2010, les principales puissances nucléaires se sont rendues à l’évidence, reconnaissant les conséquences médicales de leurs essais et indemnisant leurs victimes. C’est le cas de la France qui, par la loi du 5 janvier 2010, vient de faire un timide pas dans ce sens. Le monde de la recherche médicale est certainement assez peu informé de ces évolutions « législatives ». Comme de nombreux scientifiques, beaucoup de médecins hésitent à engager leur parole dans un débat « politique » qui ne peut clore les évolutions de la recherche. Et pourtant, on comprend mal les « hésitations » du Professeur Sainte-Rose, témoin de faits qui mériteraient d’être approfondis, alors que la liste des pathologies radio induites de la loi Morin inclut les cancers du cerveau.
On comprend encore plus mal « l’apparence de censure » de la part de France Culture qui est un fleuron honorable du service public. Cette simple « confidence » du Professeur Sainte-Rose pourrait faire l’objet d’une nouvelle émission « Avec ou sans rendez-vous ». C’est ce que nous suggérons et souhaitons vivement !
|