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Papeete, le 5 juillet 2007
M. Jurien de la Gravière débarque précipitamment à Tahiti pour faire signer au gouvernement Tong Sang une convention sur le suivi médical des anciens travailleurs de Moruroa et des populations des îles proches de Moruroa. Or cette convention est illégale.
Le Délégué à la sûreté nucléaire de Défense joue sur deux tableaux. D’un côté, il « offre généreusement » à la Polynésie une « mission de suivi médical » avec deux médecins, mais de l’autre, il s’arroge le droit de déterminer si les maladies des futurs patients de la mission sont oui ou non liées aux essais nucléaires. Si M. Jurien de la Gravière semble se préoccuper de la santé des Polynésiens en 2007, nous devons lui rappeler que c’est une inquiétude des Polynésiens depuis plus de 40 ans. Bien sûr récemment, il y a eu les exigences de Moruroa e tatou, les recommandations de l’Assemblée de la Polynésie française et du Conseil Economique Social et Culturel puis les propositions du COSCEN sous la présidence Temaru. Mais, dès 1966, souvenons-nous de cette interpellation de notre député John Teariki qui, avec un courage que nous aimerions retrouver chez nos dirigeants d’aujourd’hui, demandait au général de Gaulle le 7 septembre 1966 de renoncer à ses essais nucléaires. « Alors plus tard, disait-il dans son discours face au Président de la République, nos leucémiques et nos cancéreux ne pourraient pas vous accuser d’être l’auteur de leur mal. » Aujourd’hui, M. Jurien de la Gravière vient conclure un « marché » avec le gouvernement de la Polynésie : une mission médicale contre votre renoncement à accuser l’Etat d’être l’auteur des maux de vos leucémiques et de vos cancéreux. Sa convention a un objectif très clair, inscrit dans son préambule : « détecter l’éventuelle présence de pathologies causées par les essais nucléaires ». Or cet objectif est en dehors de la légalité ! La loi, applicable en Polynésie française, prévoit que la reconnaissance des « maladies professionnelles » - y compris celles qui sont dues au nucléaire – est de la responsabilité de la Caisse de Prévoyance Sociale. Le recours à un éventuel rejet de la CPS se fait devant le tribunal où, là, le juge départagera le point de vue du malade et celui de la CPS. L’Etat, employeur, ne peut intervenir que dans la procédure judiciaire, mais c’est le juge qui a le dernier mot. Voilà la loi. M. Jurien de la Gravière est-il donc Garde des Sceaux pour s’arroger l’application des lois ? M. Jurien de la Gravière s’appuie-t-il sur une quelconque nouvelle législation votée par le Parlement ? M. Jurien de la Gravière considère-t-il les Polynésiens comme des citoyens « mineurs » au point que l’Etat et le ministère de la Défense s’attribuent tous les droits ? Alors, oui, il est bien normal qu’un suivi médical des anciens travailleurs de Moruroa et des populations des îles proches de Moruroa se mette en place en Polynésie française. Il y a 40 ans que cela aurait dû se faire. Alors oui, que l’Etat en assume la pleine responsabilité financière. Alors oui, que l’Etat coordonne le travail de la mission médicale avec les institutions de santé de la Polynésie française. Mais que l’Etat respecte la légalité au nom des victimes de ses essais nucléaires. Roland Pouira Oldham Président
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