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Une énorme infrastructure
En 1964, le gouvernement français avait laissé entendre aux élus polynésiens que la France ne resterait que dix ans à Moruroa et Fangataufa. En fait, les essais ont duré trois fois plus de temps, jusqu’en 1996.
Mais lorsque les travaux démarrèrent à Moruroa, Fangataufa, Hao, Tahiti, dans les Gambier et les îles avoisinantes, on pouvait penser qu’il y en aurait pour plus de 10 ans tant les installations étaient gigantesques et coûteuses.
On construisit des infrastructures routières et des terrains d’aviation à Hao, Moruroa et Fangataufa, sans compter la piste de Faa’a créée bien avant en prévision de l’arrivée des militaires.
L’atoll de Hao fut doté en plus, de deux installations portuaires et d’une cité militaire pouvant accueillir plus de 2000 soldats, avec ses casernements, son hôpital, ses centrales électriques, son usine de dessalement d’eau de mer. On y construisit également des laboratoires de grandes dimensions où le Commissariat à l’Energie Atomique pourrait analyser les échantillons prélevés dans le nuage atomique et faire les derniers préparatifs sur l’engin à faire exploser sur Moruroa ou Fangataufa.
A Moruroa, on construisit deux énormes blockhaus et un poste de commandement en béton après avoir rasé pratiquement toute la cocoteraie. Un autre blockhaus fut édifié à Fangataufa.
Aux Gambier, à Tureia, Reao et à Pukarua, les militaires construirent des abris prévus pour protéger les populations de retombées radioactives des essais aériens.
Les bâtisseurs du CEP
Pour réaliser ces travaux, on fit venir des sections du Génie de la Légion étrangère, mais aussi des entreprises françaises routière et du bâtiment comme « Les Grands Travaux de l’Est », puis des entreprises d’équipement tels la Thomson et plus tard Bouygues… Toutes ces entreprises métropolitaines ont fait venir des cadres en Polynésie, mais une grande partie du personnel ouvrier ou manutentionnaire était du « personnel recruté localement », autrement dit des Polynésiens embauchés dans les îles.
L’ensemble des archipels polynésiens furent donc vidés de leurs « forces vives » : une grande partie des hommes, jeunes et dynamiques, s’en allèrent donc à Moruroa, délaissant leurs activités traditionnelles d’agriculteurs et de pêcheurs.
Moruroa et le CEP se sont bâtis au détriment d’activités traditionnelles qui avaient certes besoin d’être adaptées et modernisées, mais qui ne le furent pas par manque de bras et surtout parce que ceux sur qui aurait pu reposer la modernisation étaient tous embauchés à Moruroa.
Discrimination sociale
Contrairement aux cadres ou employés « expatriés » de métropole qui avaient des salaires bénéficiant d’un coefficient multiplicateur substantiel, les salariés « recrutés localement » n’ont pas fait fortune à Moruroa, même s’ils avaient de meilleurs salaires qu’à Tahiti. Dès les grandes infrastructures du CEP terminées beaucoup d’entre eux s’installèrent à Tahiti avec leurs familles, à Papeete et Faa’a, petites villes qui n’étaient guère préparées à recevoir un tel afflux de population.
Alors que les « villes militaires » de Hao et Moruroa et les quartiers de résidences militaires de Tahiti bénéficiaient d’un confort et d’un environnement enviables, rien ne fut mis en place et financé par le CEP pour les « bâtisseurs » de Moruroa qui se sont retrouvés au chômage, entassés dans des quartiers insalubres de Tahiti.
© Bruno Barrillot
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