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Les Polynésiens sous les retombées des essais aériens
Le 13 janvier 1966, au cours de la réunion de la «Commission consultative chargée d’étudier les problèmes de sécurité technique relatifs aux essais nucléaires», le médecin Colonel Aeberhardt aborde la question de la fragilité de la population polynésienne : «Cette population présente des caractéristiques impliquant un risque génétique plus élevé que pour une population européenne de même importance.»Ce médecin fait donc la recommandation suivante : «Il faut donc que la population soit prévenue et rassemblée lors des tirs… Les églises, moyennant quelques aménagements, peuvent offrir une bonne protection pendant la retombée en permettant à la population d’échapper à l’irradiation la plus élevée des premières heures.»
Vaine recommandation : dès le premier tir Aldébaran du 2 juillet 1966, la population de Mangareva est abandonnée sous des retombées radioactives catastrophiques.
Quarante ans plus tard : révélation des retombées sur l’ensemble de la Polynésie habitée
En mai 2005, la revue Damoclès publie un rapport sur les retombées à Mangareva le jour même du premier essai aérien du 2 juillet 1966. L’association Moruroa e tatou décide d’informer la population de Mangareva et se rend sur place pour rencontrer Mme le Maire et les habitants de l’archipel. Les Mangareviens signent une demande d’information envoyée au ministère de la Défense à Paris. Cette demande est restée sans réponse.
De son côté, en juillet 2005, l’Assemblée de la Polynésie française décide la création d’une commission d’enquête sur les essais aériens. De son côté, le ministère de la Défense commence à s’inquiéter de la « curiosité » des élus et de la population polynésienne : en l’espace de six mois, il envoie trois fois à Tahiti son Délégué à la sûreté nucléaire de défense (DSND), M. Marcel Jurien de la Gravière.
En mai 2006, le DSND veut répondre aux accusations graves de la Commission d'enquête de l'assemblée de la Polynésie. Il veut faire la « transparence » tout en obscurcissant l’horizon : non seulement il confirme que des retombées ont eu lieu sur toute la Polynésie, mais il continue à affirmer que « ce n’est pas grave » et qu’aucune mesure de prévention pour la protection des populations n’avait été jugée utile, tant les essais étaient « propres ».
Les documents fournis par le DSND permettent de faire l’inventaire des retombées sur les îles habitées de la Polynésie qui possédaient des installations de mesure de la radioactivité.
Les insulaires dans les abris
En 1966, on avait seulement prévu de « mettre à l’abri » la population de Tureia – très peu nombreuse, environ 70 personnes – et les personnels du CEP installés sur l’atoll, bien plus nombreux. Les deux blockhaus furent construits avant le premier tir du 2 juillet 1966. En prévision de la campagne de tirs thermonucléaires de 1968, on transporta la population de Tureia à Tahiti pendant plusieurs semaines.
Des témoignages attestent que la population de Hereheretue fut également déplacée lors des campagnes de tirs aériens.
Pour les autres îles et atolls susceptibles de se retrouver sous les retombées, on décida de construire des abris dits « de prévoyance » pour les campagnes de tirs thermonucléaires qui commenceraient à partir de 1968. Mangareva, Reao et Pukarua
© Bruno Barrillot
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