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Page 1 de 2 Marius Chan était à cette époque gendarme à Moruroa : il raconte ce qu’il a vécu le 25 juillet 1979.
« Ce jour-là, dans la matinée, il y a eu un tir souterrain dans la zone sud de Moruroa vers Ara en direction de Dindon. Le tir a provoqué un effondrement. J’apprends à la brigade de gendarmerie qu’il y a eu un accident dans cette zone : trois hommes, un ingénieur du CEA et deux légionnaires, dans leur méhari, ont été emportés par le raz de marée car la route était très basse. Ils revenaient de Dindon pour revenir à la zone vie.
J’ai été envoyé là bas pour faire le constat. Quand je suis arrivé à Ara, la mer était huileuse et il y avait sur la route une grande fissure biscornue qui allait de l’océan au lagon. Sa largeur était d’environ 80 cm à 1 mètre.
Il y avait des bulles qui sortaient de la fissure. J’ai posé la question à un ingénieur CEA qui était sur place : « Ce n’est quand même pas un mérou caché dans le trou qui fait des bulles comme ça ! » Il m’a répondu : « Ne vous occupez pas de ça. Ce n’est pas grave. Quand la bombe pète, c’est vitrifié et rien ne peut s’échapper. » Mais j’ai quand même noté cette conversation dans mon constat de gendarme.
Lorsque je suis arrivé sur le lieu du sinistre, les blessés avaient déjà été évacués en zone vie. Pourtant en venant ici nous aurions dû croiser l’ambulance. Mais nous n’avons pas vu d’ambulance. Nous n’avons donc pas pu faire de constat, prendre les mesures sur place comme cela doit se faire en cas d’accident. Nous sommes donc retournés à la zone vie où nous n’avons rien pu savoir de plus des suites de cet accident. S’il y avait eu des blessés, nous aurions pu les voir à l’hôpital de Moruroa, mais nous ne les avons pas vus. Je pense que les trois victimes de l’accident étaient morts, c’est ma conviction. En tout cas, les gendarmes n’ont pas pu faire le constat réglementaire dans ce cas-là.
Il y a eu d’autres raz de marée après un tir souterrain. Quand on voyait les perroquets s’agiter sur le corail, on partait à toute vitesse de peur qu’il arrive un autre raz de marée. C’est très différent de la houle.
Lors d’un tir souterrain, au décompte dans les haut-parleurs on se mettait accroupi. L’atoll tangue et balance, les oiseaux ne volent plus. Nous, les gendarmes, nous faisions le barrage pour empêcher les gens d’aller vers le lieu du tir. Un fois le tir terminé, les « missionnaires » passent le barrage des gendarmes. Habituellement, je contrôlais les gens qui allaient au point zéro et ensuite, nous les gendarmes nous les suivions. »
Propos recueillis en septembre 2007
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